Votre propriétaire ne rend pas votre dépôt de garantie. Un vendeur en ligne refuse de vous rembourser. Un artisan a encaissé l'acompte mais n'a jamais commencé les travaux. Dans chacune de ces situations, votre premier réflexe juridique doit être le même : envoyer une mise en demeure.
Qu'est-ce qu'une mise en demeure ?
La mise en demeure est un courrier formel par lequel vous demandez à une personne ou une entreprise d'exécuter une obligation (payer, livrer, réparer, rembourser) dans un délai précis. Elle constitue une étape préalable indispensable avant toute action en justice.
La mise en demeure produit plusieurs effets juridiques concrets. Elle fait courir les intérêts de retard à compter de sa réception (art. 1231 du Code civil). Elle prouve votre bonne foi et votre tentative de résolution amiable — un juge vous reprochera de ne pas l'avoir envoyée. Elle fixe un point de départ clair au litige.
En pratique, une mise en demeure bien rédigée suffit souvent à débloquer la situation. Votre interlocuteur comprend que vous connaissez vos droits et que vous êtes prêt à aller plus loin.
Ce que la loi exige
Aucune loi n'impose un formalisme strict pour la mise en demeure. L'article 1344 du Code civil prévoit simplement que le débiteur est mis en demeure par « une sommation ou un acte portant interpellation suffisante ». En clair : il faut que votre interlocuteur comprenne sans ambiguïté ce que vous lui demandez et dans quel délai.
Cependant, certains contrats ou certaines situations imposent des formes particulières. Pour résilier un bail d'habitation, la lettre recommandée avec accusé de réception est obligatoire (art. 15 de la loi du 6 juillet 1989). Pour contester un PV, c'est une requête en exonération qui est requise. Vérifiez toujours les exigences propres à votre situation.
Les 6 éléments indispensables
Votre mise en demeure doit contenir ces six éléments pour être juridiquement solide :
1. Vos coordonnées complètes. Nom, prénom, adresse. Le destinataire doit pouvoir vous identifier et vous répondre.
2. Les coordonnées du destinataire. Nom ou raison sociale, adresse du siège social pour une entreprise. Une erreur d'identité peut rendre la lettre inopposable.
3. L'objet du litige. Décrivez les faits de manière précise et chronologique. Dates, montants, références de contrat ou de commande. Pas de place pour le flou.
4. Le fondement juridique. Citez les articles de loi ou les clauses contractuelles qui fondent votre demande. Cela montre que votre réclamation est légitime et documentée.
5. Votre demande précise. Ce que vous exigez concrètement : remboursement de X euros, exécution de telle prestation, restitution de tel bien. Soyez spécifique.
6. Un délai raisonnable. Accordez un délai pour s'exécuter : 8 jours, 15 jours, 30 jours selon la nature de la demande. Mentionnez explicitement que passé ce délai, vous vous réserverez le droit de saisir la juridiction compétente.
N'utilisez jamais de menaces, d'insultes ou de termes excessifs dans votre mise en demeure. Au-delà du fait que cela dessert votre crédibilité, un courrier menaçant ou diffamatoire peut se retourner contre vous. Restez factuel, ferme et courtois.
Comment l'envoyer
Le mode d'envoi le plus courant et le plus sûr est la lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR). Elle vous fournit une preuve de la date d'envoi et de la date de réception — deux éléments essentiels si le litige va plus loin.
Vous pouvez aussi utiliser une lettre recommandée électronique (LRE), qui a la même valeur juridique que la LRAR papier depuis le décret du 9 mai 2018. C'est plus rapide et souvent moins cher.
Un email simple ou un courrier ordinaire peuvent suffire dans certains cas, mais ils ne vous offrent aucune preuve de réception. Nous vous les déconseillons pour tout litige dépassant quelques dizaines d'euros.
Quel délai accorder ?
Il n'existe pas de délai légal universel. Le délai doit être « raisonnable » — ce qui dépend de la nature de votre demande :
- 8 jours : remboursement d'une somme d'argent, restitution d'un bien.
- 15 jours : exécution d'une prestation de service, réparation.
- 30 jours : situations complexes impliquant des démarches administratives.
Un délai trop court (24 heures) pourrait être jugé déraisonnable par un tribunal. Un délai trop long (6 mois) affaiblit l'urgence de votre demande. Visez le juste milieu.
Que faire si votre interlocuteur ne répond pas ?
Trois options s'offrent à vous après l'expiration du délai :
Le relancer une dernière fois. Un second courrier, plus ferme, mentionnant que le délai est expiré et que vous engagez les démarches judiciaires. Certains interlocuteurs réagissent au deuxième courrier.
Saisir un médiateur. Pour les litiges de consommation, la médiation est gratuite et obligatoire avant toute action en justice depuis l'ordonnance du 20 août 2015. Chaque secteur (banque, assurance, télécoms, énergie) dispose de son propre médiateur.
Saisir le tribunal. Pour les litiges inférieurs à 5 000 €, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire sans avocat. Au-delà, la représentation par avocat est obligatoire (art. 761 du Code de procédure civile). Votre mise en demeure sera une pièce essentielle du dossier.
La mise en demeure est votre premier outil juridique. Elle ne coûte que le prix d'un recommandé, elle fait courir les intérêts de retard, et elle suffit souvent à régler le litige. Rédigez-la de manière factuelle, sourcée et ferme. Envoyez-la en recommandé avec accusé de réception. Conservez une copie de tout.