Vous avez décidé de quitter votre emploi. Une lettre de démission n'est pas toujours imposée par la loi, mais elle reste la manière la plus prudente de fixer votre décision, la date de départ du préavis et les échanges avec l'employeur.
Ce que la loi exige — et ce qu'elle n'exige pas
Pour un CDI de droit commun, la loi n'impose pas de forme écrite générale pour démissionner. Mais une démission verbale est risquée : sans trace, votre employeur peut contester la date ou même l'existence de votre décision.
Le point central est la volonté claire et non équivoque de rompre le contrat. Les fiches Service-Public et Code du travail numérique le rappellent : une démission ambiguë ou donnée sous contrainte peut être contestée.
Si votre volonté est claire et non équivoque, vous ne pouvez pas revenir librement sur votre démission. Une rétractation peut seulement se discuter dans des situations particulières : ambiguïté, émotion, pression ou comportement fautif de l'employeur.
Le contenu de la lettre
Votre lettre de démission doit contenir :
Vos coordonnées. Nom, prénom, adresse, poste occupé.
Les coordonnées de l'employeur. Nom de l'entreprise, adresse, nom du destinataire (responsable hiérarchique ou DRH).
La mention explicite de votre démission. « J'ai l'honneur de vous présenter ma démission de mon poste de [intitulé]. » Pas de formulation détournée.
La date de début du préavis. Elle correspond à la date de réception de la lettre par l'employeur.
La date de fin de préavis. Calculée en fonction de la durée de préavis applicable (voir section suivante).
Vous n'avez aucune obligation de donner le motif de votre démission. Nous vous le déconseillons d'ailleurs : une lettre chargée de griefs contre l'employeur peut déplacer le sujet vers d'autres mécanismes de rupture, avec un risque judiciaire.
Le préavis
Comment connaître la durée
La durée du préavis est fixée par votre convention collective, et à défaut par les usages de votre profession (art. L1237-1 du Code du travail). Elle n'est pas la même pour tout le monde.
Quelques ordres de grandeur existent dans certaines conventions collectives, mais ils ne remplacent jamais votre texte applicable :
| Catégorie | Préavis habituel | |-----------|-----------------| | Ouvriers / Employés | 1 semaine à 1 mois | | Techniciens, agents de maîtrise | 1 à 2 mois | | Cadres | 3 mois |
Pour connaître la vôtre, consultez votre convention collective. Son code IDCC figure souvent sur votre bulletin de paie. Le Code du travail numérique propose aussi un outil de recherche du préavis par convention collective.
Quand le préavis commence
Le préavis démarre lorsque l'employeur est informé de votre démission. Pour éviter un débat de preuve, privilégiez une LRAR ou une remise en main propre contre décharge.
La dispense de préavis
Votre employeur peut vous dispenser de préavis. Dans ce cas, il vous verse une indemnité compensatrice correspondant au salaire que vous auriez perçu pendant le préavis. Le contrat est considéré comme rompu à la date initialement prévue.
Vous pouvez demander une dispense. Mais votre employeur n'est pas obligé d'accepter. S'il accepte, vous ne percevez pas d'indemnité compensatrice et le contrat prend fin à la date convenue.
Si vous partez sans accord avant la fin du préavis, votre employeur peut vous réclamer une indemnité compensatrice correspondant à la durée non effectuée.
Le cas du CDD
En CDD, on ne parle pas vraiment de démission : la démission est le mode de rupture du CDI. L'article L1243-2 du Code du travail permet toutefois au salarié de rompre son CDD avant son terme s'il justifie d'une embauche en CDI.
Le préavis est alors d'1 jour par semaine de durée restante du CDD (renouvellements inclus), avec un maximum de 2 semaines.
Toute rupture en dehors de ce cadre vous expose à des dommages-intérêts au profit de l'employeur.
Les autres cas de rupture anticipée d'un CDD ne sont pas des démissions : accord des parties, faute grave, force majeure, inaptitude constatée par le médecin du travail (art. L1243-1 du Code du travail).
La période d'essai : ce n'est pas une démission
Si vous êtes en période d'essai, la rupture du contrat n'est pas une démission. C'est un régime à part, régi par les articles L1221-25 et L1221-26 du Code du travail.
Votre délai de prévenance est de :
- 24 heures si vous êtes présent depuis moins de 8 jours.
- 48 heures si vous êtes présent depuis 8 jours ou plus.
Vos droits après la démission
Les documents de fin de contrat
Votre employeur doit vous remettre les documents de fin de contrat à l'expiration ou à la rupture du contrat :
- Le certificat de travail (art. L1234-19 du Code du travail).
- Le reçu pour solde de tout compte (art. L1234-20). Vous avez 6 mois pour le contester.
- L'attestation France Travail (art. R1234-9). Même si vous n'avez pas droit au chômage, l'employeur est tenu de la fournir.
Les sommes dues
| Élément | Dû ? | |---------|------| | Salaire jusqu'au dernier jour travaillé | Oui | | Indemnité compensatrice de congés payés | Oui (pour les congés acquis non pris) | | Indemnité compensatrice de préavis | Uniquement si l'employeur vous dispense du préavis | | Indemnité de licenciement | Non | | Primes (13e mois, etc.) | Au prorata, si prévues par la convention collective |
Et le chômage ?
En principe, le salarié démissionnaire n'a pas droit aux allocations chômage. Mais il existe des exceptions.
Les démissions qui ouvrent droit au chômage
France Travail distingue plusieurs situations pouvant ouvrir droit à indemnisation malgré une démission. Elles sont strictement encadrées et doivent être vérifiées avant d'envoyer votre lettre. Les cas fréquents concernent notamment :
Suivre son conjoint qui déménage pour un motif professionnel (mariage ou PACS requis).
Non-paiement des salaires par l'employeur, constaté par une décision de justice.
Violences conjugales entraînant un changement de résidence (dépôt de plainte requis).
Création ou reprise d'entreprise. Depuis la loi Avenir professionnel de 2018 : 5 ans d'activité salariée continue + consultation préalable du Conseil en évolution professionnelle (CEP) + validation du projet par la Commission Paritaire Interprofessionnelle Régionale (CPIR).
Certaines démissions en cours d'indemnisation, sous conditions de durée travaillée ou d'intensité horaire.
Démission pour élever un enfant à l'issue du congé de maternité ou d'adoption (art. L1225-66 du Code du travail). Pas de préavis à respecter dans ce cas.
Marc, cadre en CDI depuis 6 ans, veut créer son entreprise de conseil. Il consulte un CEP à l'APEC, monte son dossier et le fait valider par la CPIR. Il peut alors démissionner et bénéficier des allocations chômage pendant la phase de lancement.
Si votre démission ne correspond à aucun cas reconnu, vous pouvez demander un réexamen de votre situation à l'instance paritaire régionale après 121 jours sans allocation. L'allocation peut alors être accordée à compter du 122e jour, selon l'examen de votre dossier.
L'abandon de poste n'est plus une option
Depuis le décret du 17 avril 2023, le salarié qui abandonne volontairement son poste peut être présumé démissionnaire (art. L1237-1-1 et R1237-13 du Code du travail). L'employeur doit d'abord envoyer une mise en demeure par LRAR ou remise en main propre contre décharge, avec un délai minimum de 15 jours pour justifier l'absence et reprendre le poste.
Les erreurs à ne pas commettre
Démissionner sous le coup de la colère. Une démission prononcée dans un moment d'émotion peut être considérée comme équivoque. Mais si votre employeur l'accepte immédiatement, il sera difficile de revenir en arrière.
Surcharger la lettre de reproches. Restez neutre et factuel. Si vous avez des griefs sérieux contre votre employeur (harcèlement, non-paiement), la prise d'acte est un mécanisme plus adapté — mais avec un risque judiciaire.
Ne pas vérifier votre convention collective. Se tromper sur la durée du préavis peut vous coûter cher. L'IDCC est sur votre bulletin de paie.
Croire que vous aurez droit au chômage. Vérifiez si votre situation correspond à l'un des 17 cas de démission légitime avant de poser votre démission.
Compenser le préavis avec vos congés sans accord. Vous ne pouvez pas décider unilatéralement de « poser vos congés » pendant le préavis pour ne pas venir. L'accord de l'employeur est nécessaire.
Sources vérifiées le 2026-05-04
- Code du travail : articles L1237-1, L1237-1-1, R1237-13, L1243-1, L1243-2, L1221-25, L1221-26, L1234-19, L1234-20, R1234-9 et L1225-66.
- Service-Public.fr : fiches "Démission d'un salarié", "Le salarié peut-il revenir sur sa démission ?" et "Fin d'un contrat à durée déterminée".
- Code du travail numérique : fiches sur la démission et la durée du préavis de démission.
- France Travail : fiches sur la démission et les cas d'indemnisation possibles.
La démission doit être claire et non équivoque, de préférence par écrit (LRAR ou remise en main propre). Le préavis est fixé par la loi, une convention collective, un accord collectif ou les usages selon votre situation. En CDI, vous pouvez démissionner sans autorisation préalable. En CDD, la rupture anticipée à votre initiative n'est possible que dans des cas limités, notamment l'embauche en CDI. Le démissionnaire n'a en principe pas droit au chômage, sauf exceptions vérifiées auprès de France Travail. N'abandonnez pas votre poste : depuis 2023, une présomption de démission peut être engagée.